30/09/22

Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable et parrain des Journées de l’Eco-Bâtiment : « Montrer, se rencontrer, voilà ce que ces Journées réalisent ! »

Philippe Pelletier, nous fait l’honneur, cette année, de parrainer les Journées de l’Eco-Bâtiment de Lyon et de Clermont-Ferrand. Lancé en janvier 2009, le Plan Bâtiment Durable, qu’il préside, fédère un large réseau d’acteurs du bâtiment et de l’immobilier autour d’une mission commune : favoriser la mise en œuvre des objectifs d’efficacité énergétique et environnementale.

Philippe Pelletier est aujourd’hui convaincu de l’intérêt d’un groupement
comme celui du cluster Eco-Bâtiment et de la portée de nos Journées de l’Eco-Bâtiment.
Rencontre.

 

Quel est le rôle du Plan Bâtiment Durable ?

Philippe Pelletier : Il a été créé il y a 13 ans à la suite du Grenelle de l’Environnement où la société civile avait fixé ses objectifs de protection de la planète à horizon 2050. Il apparaissait que nos actions sur les bâtiments allaient être prépondérantes. A l’époque, le Ministre d’État en charge de l’Écologie, Jean-Louis Borloo, a eu l’idée d’inventer une sorte d’organisation de mise sous tension de la société pour que la créativité des acteurs puisse s’exprimer sur les façons de transformer nos bâtiments dans la durée. L’objectif étant aussi de faciliter le regroupement des acteurs pour trouver un lieu qui invente les dynamiques de l’action.

Depuis cette époque, on observe que le Plan Bâtiment Durable a été le lieu d’une extraordinaire créativité. La plupart des dispositifs, des aides financières ou fiscales, les divers leviers d’actions qui ont été inventés trouvent leur origine dans des groupes de travail du Plan Bâtiment Durable. Nous avons su dupliquer sur le territoire l’esprit réseau qui nous anime en mettant des gens très différents autour de la table avec le bâtiment durable pour perspective commune.

Ainsi nous avons un rôle important : celui de lieu de concertation. C’est dans ce cadre que nous organisons lors de la Journée de l’Eco-Bâtiment un temps d’échange autour de la Feuille de route décarbonation du bâtiment qui est établie dans un esprit de dialogue renforcé avec la filière, à l’image de ce dont le Plan Bâtiment Durable est le lieu depuis 13 ans.

 

« Le marché est là, on ne peut plus en douter »

 

Vous jouez un rôle moteur dans le secteur du bâtiment durable. Avez-vous l’impression d’entraîner la maitrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage dans la même dynamique ?

Philippe Pelletier : Je suis tout à fait convaincu qu’on avance. Je suis en revanche assez réservé à l’égard des grincheux qui pensent qu’on ne fait rien et que ça ne va pas assez vite. Nous progressons parce que la société a énormément progressé. Il y a 10 ans, quand j’expliquais la RT2012, j’avais face à moi des gens qui considéraient qu’on ne saurait pas faire, qu’on allait nous faire construire des thermos en guise de logements et que ça coûterait cher ! Finalement, on a su faire. Les prix ont été maîtrisés et les logements sont confortables. Aujourd’hui, 10 ans après, j’ai un public qui considère comme une évidence le fait d’avoir intégré le paramètre carbone dans la réglementation. Le terrain est déjà labouré. Même s’il y aura des difficultés, elles sont minorées par rapport aux bienfaits que nous allons tirer de ce progrès. Alors, tout n’est pas parfait. Sur les 700 000 rénovations énergétiques lancées en mobilisant Ma Prime Rénov’, beaucoup ne sont que des gestes de rénovation. Il y a peu de rénovations globales. Mais on peut considérer qu’on a mis un pied sur la première marche et que le reste suivra.

 

Quelles sont les prochaines étapes de la mobilisation de l’ensemble des acteurs en faveur de l’éco-bâtiment ?

Philippe Pelletier : La société est mobilisée, mais aujourd’hui le maillon faible n’est pas du côté de la demande, mais du côté de l’offre. On n’a pas encore une offre pertinente, performante et disponible sur l’ensemble du territoire. Certains architectes n’ont pas encore compris que la rénovation, c’était leur sujet. Il y a encore des artisans qui ont du mal à aller se former parce que quand on travaille seul, c’est compliqué. On a encore des professionnels du bâtiment qui ne comprennent pas l’intérêt du groupement pour atteindre la performance de l’ouvrage. Aujourd’hui, ça ne sert à rien de précipiter la demande si l’offre proposée en face n’est pas adéquate. Mais on a changé de braquet et cela devrait conduire à ce qu’une offre performante soit rapidement en place parce que le marché est là, on ne peut plus en douter.

 

« Nous avons une multitude d’entreprises innovantes en Auvergne-Rhône-Alpes »

 

Avec votre vision nationale, estimez-vous qu’il existe une sensibilité particulière dans la région Auvergne-Rhône-Alpes pour ces questions ?

Philippe Pelletier : Le premier point qui remonte à mon expérience de la présidence de l’Agence nationale de l’Habitat que j’ai exercé pendant 10 ans, entre 1998 et 2008, c’est que les programmations innovantes, les contractualisations intéressantes, nous les avons réalisées en Rhône-Alpes. En d’autres termes, ici, il y a je ne sais quelle alchimie qui fait qu’on s’entend assez facilement entre une agglomération, la Région et l’État pour arriver à contractualiser un projet. Il faut dire qu’il y a aussi une multitude d’entreprises innovantes en Auvergne-Rhône-Alpes. A la différence de l’Ile-de-France où tout est compliqué, j’ai toujours considéré que les chantiers les plus efficaces étaient menés en Rhône-Alpes. C’est là par exemple qu’on a inventé un accompagnement étroit à la rénovation globale.

 

Pourquoi êtes-vous parrain des Journées de l’Eco-Bâtiment Clermont-Ferrand et Lyon organisées par le cluster Eco-bâtiment ?

Philippe Pelletier : J’ai une tendance, que certains considèrent comme fâcheuse, à dire rarement non aux sollicitations, notamment quand elles font avancer l’intérêt général ! Mais j’ai surtout une proximité amicale avec les clusters en général, et je n’oublie pas que le Congrès du Bâtiment Durable est né des réunions inter-clusters. Trois d’entre eux, dont Auvergne-Rhône-Alpes, sont à l’origine de cet événement. Ils étaient venus me voir pour parler regroupement et à partir de là, ils ont réalisé tout le travail. J’ai simplement donné l’impulsion, déclenché l’action. Eux, ils se sont fédérés, se sont écoutés et ont porté ensemble des projets. Aujourd’hui, si cela peut aider le cluster Eco-bâtiment que je sois dans la barque, j’y monte allégrement et je suis même prêt à prendre les avirons !

 

« Avoir des lieux où les professionnels parlent aux professionnels »

 

Est-ce important d’organiser de tels événements qui permettent aussi de mailler le territoire, de faire en sorte que l’offre et la demande se rencontrent ?

Philippe Pelletier : Nous avons clairement deux besoins essentiels. Du côté de la demande, il est essentiel de montrer ce que d’autres ont déjà fait, ce qu’on songe peut-être à faire chez soi. Il n’y aura jamais trop d’images ou d’exemples parce que le besoin est très vif. Toute manifestation publique qui montre des réalisations, des méthodes, des groupements efficaces, des actions programmées, est intéressante. L’autre besoin se situe du côté de l’offre. Il s’agit d’avoir des lieux où les professionnels parlent aux professionnels, où ils imaginent ensemble des synergies. C’est par exemple à partir du cluster de l’Eco-Bâtiment que trois ou quatre entrepreneurs ont décidé d’aller investir le marché marocain. Je les avais croisés deux années de suite lors d’un salon à Casablanca. Et depuis, ils ont fait leur place pour apporter leur aide à ce marché naissant. Les rencontres sont essentielles au développement de notre action. Montrer, se rencontrer, voilà ce que ces Journées réalisent.

 

Le cluster Eco-bâtiment fait-il parti des relais régionaux forts du réseau Bâtiment Durable ?

Philippe Pelletier : La réponse est évidemment oui ! Je crois à la diversité des actions en fonction des territoires. Un sujet ne se traite pas de la même façon dans les Vosges et en Aquitaine, ne serait-ce que parce que les conditions climatiques, les modes architecturaux et les natures de bâti ne sont pas les mêmes. Je pense qu’il y a lieu de faire place à ces différences. Les injonctions parisiennes ont leurs limites, voire leurs faiblesses et les vrais sujets naissent sur les territoires à partir des impulsions locales. Je suis très favorable à la multiplication de ces Journées de l’Eco-Bâtiment en Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi sur l’ensemble du territoire. Dans le cadre de ma mission autour de la décarbonation de la filière bâtiment nous ferons en octobre des réunions régionales. Nous n’allons pas nous contenter d’écouter les états-majors des fédérations, des groupements ou des entreprises à Paris. Nous allons les voir sur le terrain et le cluster de l’Eco-bâtiment en Auvergne-Rhône-Alpes a accepté de nous accueillir. Je souhaite de belles Journées de l’Eco-bâtiment à ce cluster dynamique et que cela conforte les actions que nous portons ensemble !

 

Journée de l’Eco-Bâtiment 18 octobre 2022
Hôtel de Région de Lyon 

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