07/07/20

[ INTERVIEW ] Marie Soriya AO Déléguée Générale du Cluster

« Notre rôle d’accélérateur de développement économique va être très important pour les entreprises au second semestre ». Le rôle du Cluster Eco-Bâtiment en temps de crise, la Journée de l'Eco-Bâtiment du 13 octobre, la relance économique de la filière.

Aiguiller, connecter, diffuser… Le rôle de générateur de liens du Cluster Eco-bâtiment, qui fédère aujourd’hui près de 200 adhérents, a été très intense durant la période de crise sanitaire, devenue crise économique et sociale, que nous avons vécue. Et il va encore passer un cap dans les mois à venir avec en point d’orgue la Journée de l’Eco-bâtiment qui aura lieu le 13 octobre à l’Hôtel de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. A un peu plus de 3 mois de l’événement, Marie-Soriya Ao dévoile son programme et donne sa vision de l’après-confinement pour le secteur de l’éco-bâtiment.

 

Comment au Cluster Eco-bâtiment Auvergne-Rhône-Alpes avez-vous vécu cette période inédite que nous avons traversée ?

Marie-Soriya Ao : De façon un peu étrange et hors du temps. La soudaineté de la crise sanitaire nous a imposée de nous réorganiser très vite et de réfléchir au jour le jour à la façon dont nous pouvions être le plus efficaces pour accompagner nos adhérents. La décision a donc été d’immédiatement sonder le terrain et nous avons appelé chacune des entreprises membres du Cluster au moins deux fois pendant les deux mois de confinement. L’objectif était de connaître leur situation, d’identifier leurs besoins, d’évaluer ce que l’on pouvait faire pour elles et puis, dans cet esprit de connivence qui nous guide, de véhiculer un message positif et rassembleur. Cette initiative a été très bien perçue dans ce moment d’incertitudes.

 

Quels ont été les retours des adhérents lors de ces échanges ?

Marie-Soriya Ao : Ce qui a été marquant, c’est que nous n’avons pas eu les mêmes retours lors des appels du début du confinement que ceux que de 3 semaines plus tard. Au début, la majorité des adhérents était encore optimiste. Ils disaient avoir l’habitude des crises dans le bâtiment, qu’ils feraient le dos rond et que ça se passerait bien. Mais finalement après, ils ont commencé à se faire plus de souci. Cela nous a permis de nous rendre compte de l’évolution sur la période. Et on voit qu’aujourd’hui, dans le secteur de la construction, le redémarrage est très progressif. En plus des deux mois d’arrêt, la reprise des chantiers est difficile avec les protocoles sanitaires à mettre en place qui représentent un surcoût pour toute la chaine. Il y a une grosse incertitude autour des marchés publics avec les élections qui viennent juste d’avoir lieu et les baisses annoncées des dotations des collectivités. Et puis de manière générale, l’absence de commercialisation pendant deux mois va forcément causer un trou qui se répercutera sur le carnet de commandes de la fin de l’année ou de début 2021. Mais pour autant, on sait que dans le secteur l’éco-bâtiment, les entrepreneurs sont créatifs, passionnés et ont une grosse capacité de résilience, donc ils vont rebondir !

 

Le Cluster Eco-bâtiment pleinement engagé dans la reconnexion commerciale et le travail sur la concordance entre l’offre et la demande

 

Quelles aides et services a apporté le Cluster Eco-Bâtiment durant cet épisode ?

Marie-Soriya Ao : Au début, ce dont avaient d’abord besoin les entreprises, c’était de comprendre les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics afin d’amortir l’arrêt de leur activité. Ayant répertorié toutes les aides mises en place, nous avons joué le rôle de relais. Nous les avons notamment aiguillées vers l’aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes qui, via les Clusters, propose une prise en charge des surcoûts des frais juridiques et comptables liés à la crise. Après, je considère que notre vocation d’accélérateur de développement économique et de mise en réseau va pleinement s’exprimer dans la période dans laquelle on entre maintenant et que nous allons avoir un rôle très important. En effet, le second semestre, et surtout le dernier trimestre de l’année, vont être primordiaux pour la relance économique, la reconnexion commerciale et le travail sur la concordance entre l’offre et la demande. C’est notre gros challenge et nous y travaillons à travers les événements que nous organisons. Nous avons, par exemple, maintenu notre journée du 23 juin qui a vu s’enchaîner rencontres d’affaires des réseaux Cluster Eco-bâtiment et Fibois AURA, et notre AG au cours de laquelle 19 de nos nouveaux adhérents se sont présentés. Un moment forcément particulier, avec les gestes barrières et certains adhérents en visio, mais qui a été un succès !

 

Justement, comme chaque année, votre temps fort sera la Journée de l’Eco-bâtiment…

Marie-Soriya Ao : Oui nous organisons cette 4e édition le mardi 13 octobre à Lyon à l’Hôtel de Région, qui nous apporte son soutien. L’objectif de cette journée est de créer une opportunité unique pour les entreprises adhérentes au Cluster Eco-bâtiment et pour les acteurs de la maîtrise d’ouvrage de se rencontrer, d’échanger autour des dernières des solutions, des innovations et des projets, mais aussi de créer des passerelles à un moment où les occasions de se rencontrer seront capitales à la relance économique. L’an dernier sur un format plus condensé, nous avions attiré plus de 300 participants : exposants, maîtres d’ouvrage, de maîtres d’œuvre, prescripteurs…

Je souhaite exposer | Je suis visiteur

 

Journée de l’Eco-bâtiment 2020 : un programme pour répondre concrètement aux problématiques de la maîtrise d’ouvrage

 

Quel sera le programme de cette édition 2020 ?

Marie-Soriya Ao : Il est vraiment élaboré en direction de la maîtrise d’ouvrage avec un fil rouge très concret : « J’optimise mon bâtiment, mon patrimoine : diagnostiquer pour décider, trouver des solutions pour agir, mobiliser les acteurs pour réussir ».

En plus des rencontres avec les représentants des entreprises exposantes, les visiteurs vont ainsi pouvoir assister à 5 temps forts : 4 « Flash info » et 1 conférence, centrés autour de l’information, de témoignages et de retours d’expériences. Nous allons aborder les questions qui se posent à chaque étape de la gestion d’un parc de bâtiments. Comment j’organise un plan gestion du patrimoine en l’identifiant, en le quantifiant et le qualifiant ? Comment j’optimise avant d’agir à travers la densification, l’intensification, la mutualisation, l’adaptabilité, la réversibilité ? Comment j’assure le succès de mes ambitions avec des outils techniques, financiers et organisationnels ? Et puis, quels sont les nouveaux modèles qui apportent efficacité et rentabilité ?

 

Cet événement permet notamment de mettre en lumière le foisonnement d’innovations et de solutions que propose ce secteur de l’éco-bâtiment. Globalement, comment la maîtrise d’ouvrage appréhende ces questions ?

Marie-Soriya Ao : Je dirais qu’il y a une bonne prise en compte des différents acteurs sur cette partie et il y a de nombreux projets intéressants qui voient le jour. La limite c’est que ce sont encore trop souvent les mêmes qui sont volontaristes et pro-actifs. Dans la majorité des projets portés par des bailleurs sociaux ou des promoteurs immobiliers, les décideurs suivent les réglementations sans forcément aller au-delà. La bonne nouvelle est que ces réglementations deviennent de plus en plus draconiennes et imposent d’aller, par exemple, vers des rénovations performantes et efficaces, ce qui tire tout le monde vers le haut.

 

« Chacun de nous doit se rendre compte de l’importance de la qualité du bâtiment dans lequel il vit, il travaille… »

 

Quels sont les freins à lever pour qu’un porteur de projet exige des objectifs environnementaux élevés ?

Marie-Soriya Ao : Le premier est évidemment le critère de la rentabilité économique qui est difficile à dépasser. Notre rôle est de les sensibiliser sur le fait que ce n’est pas forcément plus cher car il faut avoir une vision globale des choses en pensant aux aspects économies à long terme et gestion optimisée du bâtiment. L’autre frein est la difficulté à trouver les bonnes entreprises. Là aussi, nous sommes dans l’accompagnement en leur expliquant où les trouver. Au Cluster, nous avons une vision et des services, un réseau d’entreprises adhérentes et qualifiées, spécialistes de la conception à la réalisation en passant par l’entretien. Ce qui permet une coordination et des groupements d’entreprises qui répondent à n’importe quelles exigences. D’ailleurs des synergies se créent entre nos adhérents avec la naissance de projets très intéressants. Enfin, il est certain que ce secteur de l’éco-bâtiment est très innovant, qu’il peut être difficile de suivre car ça va très vite. Mais, encore une fois, nous valorisons ces innovations, et grâce aux retours d’expérience, nous souhaitons leur donner de la visibilité pour qu’elles soient connues par ceux à qui elles sont destinées.

 

Les dernières élections le confirment, la sensibilité du grand public pour les questions environnementales semble progresser. Pensez-vous qu’un mouvement de fond est engagé ?

Marie-Soriya Ao : J’aimerais bien, mais je ne sais pas si on peut encore parler de prise de conscience globale. Sur certains facteurs comme le climat ou l’alimentation, il y a effectivement une dynamique, mais je ne crois pas que ce soit encore le cas sur la partie habitat et énergie. Or il faudrait que chacun se rende compte de l’importance de la qualité du bâtiment dans son ensemble, et même du bâti en particulier. Nous passons une grande partie de notre vie à l’intérieur : on y habite, on y travaille… On y a même passé 2 mois sans en sortir ! Il y a aussi les épisodes de canicules que nous subissons l’été et qui sont de plus en plus fréquents. Là, pour éveiller les consciences et mobiliser le grand public, il faut communiquer, faire de la pédagogie, parler de toutes les solutions techniques qui existent pour favoriser le confort d’été, pour limiter le gaspillage de l’énergie, etc. On pourrait améliorer les choses de manière très significative ! Au Cluster Eco-bâtiment, nous sommes engagés au quotidien dans cette démarche et nous sommes vigilants à ce que la crise du Covid-19 ne provoque pas un retour en arrière. Il faut, au contraire, que les plans d’investissements massifs actuels soient des accélérateurs en faveur d’une transition écologique de bon sens !

Revenir aux articles