04/06/21

Marie-Soriya Ao et Bruno Dehan, cluster Eco-Bâtiment : « Lors de notre Assemblée Générale, nous allons être enchantés de nous revoir, de partager un moment riche et convivial ! »

Alors que l’on commence à apercevoir la sortie de la crise sanitaire, cette année 2021 est un tournant pour le secteur de la construction et en particulier pour l’éco-bâtiment. Entre relance effrénée de l’activité, incertitudes sur l’avenir et tour de vis réglementaire, le contexte est singulier pour tous les acteurs du bâtiment, de la conception aux chantiers. L’occasion pour Marie-Soriya Ao, Déléguée Générale du Cluster Eco-Bâtiment, et Bruno Dehan, son Président, de décrypter l’actualité, de faire le bilan des actions du Cluster en faveur du réseau, et se projeter sur les prochains temps forts : AG le 10 juin et Journée de l’Eco-bâtiment le 21 septembre

Après plus d’un an de crise, comment les entreprises de l’éco-bâtiment sortent de cette période ?

Bruno Dehan : Je dirais d’abord qu’il faut parler des entreprises du bâtiment dans leur ensemble. Elles ont beaucoup souffert durant cette période. Mais 2021 apparaît vraiment comme l’année de l’espoir. On sent que des horizons se dessinent, qu’on est moins dans l’inconnu. Avec l’arrivée des vaccins, on est un peu plus acteurs et l’activité a bien repris. Si je prends l’exemple des industriels et des fabricants, les commandes arrivent en masse avec des besoins immédiats. Mais l’activité est perturbée par les pénuries colossales qu’il peut y avoir sur le bois ou le métal avec des prix qui explosent. C’est un contexte qui pipe un peu le marché. Après, la situation peut être différente selon l’activité, que l’on soit constructeur, bureau d’études ou artisan. Mais ce qui est intéressant c’est que l’on retrouve de vraies perspectives.

Marie-Soriya Ao : Tout à fait, le ressenti de beaucoup d’acteurs c’est que l’activité est là. Ce qui nous remonte du terrain, comme le dit Bruno, c’est que les entreprises de mise en œuvre, les fabricants, les fournisseurs, les industriels sont complètement sous l’eau avec énormément de demandes et un temps plutôt raccourci. Par contre, notamment dans la partie conception, les entreprises se rendent compte que les prises de décision, et du coup les délais de paiement, sont beaucoup plus longs. Les bureaux d’études décrivent, par exemple, une inertie plus importante dans l’avancée des projets de construction avec un rythme de « stop and go » qui fait qu’à certains moments ils vont être débordés, alors que deux mois plus tard, ils auront beaucoup moins de travail. Au Cluster, nous avons tous ces profils et toutes ces problématiques, et il est clair que le manque de lisibilité actuel est un effet de la crise sanitaire.

 

Avec les aides des pouvoirs publics et le plan de relance, pensez-vous que cette reprise de l’activité est artificielle ?

Marie-Soriya Ao : Il peut y avoir un effet de bulle, c’est vrai, notamment pour les métiers de mise en œuvre à destination des particuliers. Durant cette dernière année, les Français ont épargné et parallèlement se sont rendu compte en restant chez eux qu’ils avaient besoin de davantage de confort. Donc le secteur de la rénovation fonctionne à plein régime en profitant des aides. Mais ça va dans le bon sens si cela répond aux exigences de l’amélioration de l’habitat et de l’efficacité énergétique, tout en limitant les effets d’aubaines. Ensuite, pour les projets en collectif ou en tertiaire, l’activité se fait selon un ordre logique. Les métiers de l’ingénierie doivent boucler les projets pour qu’ils passent à la phase opérationnelle et booster l’activité chantier. Donc on peut se dire que la dynamique sera durable.

Bruno Dehan : Oui, il y a des effets d’opportunité mais pas seulement. L’année 2020 a marqué un stop, et là on sent, par nos clients, que les choses bougent. Les promoteurs et les investisseurs sont actifs. On retrouve le niveau d’avant et on va même être légèrement au-dessus cette année. Puis je pense que la situation va revenir à une courbe plus normale, si la situation sanitaire se stabilise.

 

Pour le secteur, la crise sanitaire a accéléré la prise en compte
des occupants des bâtiments et des usages de demain

 

Y-a-t-il des signes qui montrent que les acteurs du secteur sont incités à construire différemment ?

Marie-Soriya Ao : Le phénomène n’est pas nouveau, mais je pense que la période que nous avons vécue l’a accéléré. Aujourd’hui, pour répondre aux attentes, les maitres d’ouvrage, qu’ils soient promoteurs ou bailleurs, et les maitres d’œuvre, entreprises d’ingénierie et de conception en amont des projets, sont contraints de voir plus loin que les exigences réglementaires. On ressent bien qu’ils doivent intégrer encore plus qu’avant les occupants des bâtiments et les usages de demain. La vision se porte sur le long terme en ajoutant une réflexion sur des champs plus durables : la réversibilité, l’occupation des sols, etc. On ne pense plus le bâtiment seul mais tout ce qui touche à son aménagement et à sa fin de vie.

Bruno, vous qui êtes à la tête de Sequoia Ingénierie et Environnement, avez-vous la même lecture du contexte ?

Bruno Dehan : Oui, j’ajouterais qu’on a construit selon un modèle unique pendant des décennies et on assiste actuellement à un changement de paradigme très rapide. Cela peut entrainer une perte de repère et de l’inquiétude car les méthodes changent. Par exemple, les promoteurs doivent se pencher sur davantage de paramètres : usages, confort, énergie, environnement… Et nous devons les accompagner dans ce sens. Si l’on prend le domaine de la réversibilité des bâtiments, il faut imaginer comment des logements peuvent se transformer en bureaux, comment ces bureaux peuvent devenir ensuite des salles communes ou des lieux d’enseignement… Tout cela est très compliqué avec des normes aux antipodes. Mais la demande se concrétise.

 

RE2020 : Les acteurs de l’éco-bâtiment vont continuer à garder leur avance

 

Les entreprises de l’éco-bâtiment ont-elles de meilleures perspectives que les autres ?

Bruno Dehan : Aujourd’hui, tous les voyants sont au vert pour les entreprises de l’éco-bâtiment. Les réglementations à venir visent à améliorer la qualité environnementale du bâtiment et les politiques affichent clairement leur volonté d’aller dans ce sens, donc ceux qui prennent cette direction ambitieuse sont dans le vrai. Ce volontarisme paye et va continuer à payer. Ensuite, comme souvent, il faut du temps pour que le discours affiché par les pouvoirs publics se traduise par des lois immédiates et contraignantes.

 

Pour autant est-ce que l’arrivée de cette RE2020 est un tournant pour le secteur de l’éco-bâtiment ?

Bruno Dehan : Oui, c’est tout de même très positif. En 2008, de la même façon, le Grenelle de l’environnement avait été imposé avec des mesures très ambitieuses avant d’être vidé lui aussi de sa substance. Pourtant il avait initié une dynamique et on n’avait jamais autant vu de bâtiments se faire certifier dans une démarche environnementale forte. Alors, il faut se dire que la RE2020 va progressivement monter en puissance…

Marie-Soriya Ao : L’idée actuelle est de ne pas bloquer le marché avec une nouvelle réglementation trop ambitieuse, inapplicable, que ne pourrait pas suivre la majorité des maillons de la chaine de la construction et qui ferait trop augmenter les prix pour le client final. Le fait de la minorer un peu pour arriver à embarquer un maximum d’acteurs permettra d’avancer pas à pas. Il y aura des systèmes de labels ainsi que des logiques de revoyure tous les 2 ou 3 ans pour continuer à progresser et atteindre des niveaux exigeants. Les acteurs de l’éco-bâtiment vont continuer à garder leur avance et ils profiteront de ce système de label.

 

L’an dernier nous avons tout fait pour maintenir nos
événements car nous savions leur importance pour nos adhérents

 

Pendant la crise, quel a été le rôle du cluster Eco-Bâtiment auprès de ses adhérents ?

Marie-Soriya Ao : Notre rôle a été de les accompagner de la manière la plus proche possible et ç’a été efficace. D’ailleurs, selon France Cluster, les entreprises qui faisaient partie d’un réseau de ce type, pas seulement le nôtre, s’en sont beaucoup mieux sorties que les autres. Cela montre que les clusters jouent un rôle important auprès des entreprises. C’est cet effet réseau qui permet d’avoir un temps d’avance et de poursuivre son développement. Et quand on fait le bilan de l’année, au cluster Eco-Bâtiment nous avons tout fait pour maintenir nos événements, en prenant le risque qu’ils soient annulés ou repoussés, car nous savions leur importance pour nos adhérents. Nous avons ainsi pu organiser de justesse notre Journée de l’Eco-Bâtiment et maintenu notre Assemblée générale. Certains rendez-vous ont été réalisés en visio, mais assez peu finalement…

Bruno Dehan : Oui, le Cluster a toujours maintenu le contact. La Journée de l’Eco-Bâtiment en octobre a vraiment été ressentie comme une bulle d’air pour les entreprises adhérentes du Cluster qui ont pu avoir un moment unique pour rencontrer leurs cibles : maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre. En plus, ça a été un succès. Et il faut aussi voir tout le travail mené par l’équipe du Cluster pendant toute la période, les informations techniques, administratives et réglementaires apportées, tout comme les opportunités de projets générées.

Aujourd’hui quelles sont les attentes et les besoins des adhérents auxquels le cluster de l’Eco-Bâtiment doit répondre ?

Marie-Soriya Ao : Ce sont les mêmes attentes que celles d’avant la crise. Nos adhérents attendent de ne pas rester isolés, d’être informés des actualités du secteur, de s’ouvrir, de se créer un réseau, etc. Ils recherchent ce sentiment d’appartenance à un cercle qui leur apporte une dynamique business leur permettant d’aller de l’avant. Il y a encore plus d’appétence pour le principe du réseau.

Bruno Dehan : C’est pour cette raison qu’au Cluster, nous sommes assez réticents par rapport à la visio. Pour nous, le réseau, c’est du contact et tout le monde est en demande de cela. Lors de notre Assemblée Générale, nous allons être enchantés de nous revoir, de partager un moment riche et convivial.

 

RDV le 21 septembre prochain à l’Hôtel de Région pour la 5e Journée de l’Eco-Bâtiment !

 

Comment va se dérouler cette Assemblée Générale du 10 juin à l’Embarcadère à Lyon ?

Marie-Soriya Ao : Ce sera un double événement avec une rencontre d’affaires durant la matinée puis l’AG à partir de 13h30.  Nous voulons ainsi que les entreprises puissent optimiser leur temps en venant sur un seul lieu. Il y a donc une partie business en format table ronde pour laquelle nous misons beaucoup sur la dynamique de la relance économique et en jouant collectif en mixant notre réseau avec d’autres, comme ceux de FIBois AURA et de Ville & Aménagement Durable. Et pour la partie institutionnelle, on assistera davantage à un moment de retrouvailles avec nos adhérents. Il y aura cet esprit cluster, mais dans le respect des règles sanitaires bien sûr !

 

L’autre temps fort de l’année ce sera donc la Journée de l’Eco-bâtiment…

Marie-Soriya Ao : Oui, elle aura lieu le 21 septembre et nous sommes heureux de pouvoir proposer une 5e édition de nouveau dans le grand hall de l’Hôtel de Région. Nous pouvons déjà dire que nous allons repartir sur un principe similaire à celui de l’année dernière, selon un modèle mixte entre stands de nos adhérents experts de l’éco-bâtiment et temps forts sous forme de conférences avec des intervenants qui viendront nous partager l’actualité et les perspectives du secteur, ainsi que des retours d’expérience très concrets. Nous avons déjà une très grosse demande du côté de nos adhérents.

Bruno Dehan : C’est vrai que la dernière JEB a vraiment séduit nos adhérents, mais aussi les visiteurs, très qualifiés, qui ont fait le déplacement. Elle a réellement été beaucoup plus fructueuse que les précédentes en termes d’échanges et de possibles projets. C’était la première fois que j’en entendais autant parler à l’extérieur. Par exemple, lors d’un échange récent avec un opérateur public, lorsque je lui ai parlé du Cluster, il m’a tout de suite dit qu’il connaissait la Journée de l’Eco-Bâtiment, que c’était un très bel événement. Cette 4e édition a vraiment eu un gros impact. On souhaite évidemment la même chose pour cette année !

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